27 septembre 2009
On n'est pas là pour disparaître...
Comme il était des exercices spirituels de sagesse dans l'antiquité, Olivia Rosenthal propose à ses lecteurs un exercice existentiel à partir de la maladie d'Alzheimer et de la notion même de disparition. À travers ce très beau texte, l'auteure poursuit sa réflexion sur l'individu et la communauté. Individu, qui s'exclut volontairement de la communauté des vivants en se donnant la mort. Mais aussi individu que la maladie exclut petit à petit de la communauté des êtres aimés, aimants et humains qui ont fait son histoire, par l'oubli et la confusion mentale. Et communauté des lecteurs qu'Olivia Rosenthal invite à "entrer dans la tête" du sujet atteint de la maladie d'Alzheimer.
Un à un, les troubles sont examinés, avec certains de leurs "avantages" (perte de la culpabilité, "magie de la réapparition perpétuelle", insensibilité à certaines douleurs physiques ou morales), mais du point de vue d'une conscience, perdue justement pour le malade. Et parallèlement à cette disparition progressive de Monsieur T., se révèle au fil des pages la remémoration d'un événement traumatique dans la vie de la narratrice. Comme si la mémoire de ce qu'on voudrait enfoui persistait dans la conscience saine, alors même qu'on assiste aux ravages de la maladie sur la conscience d'une vie qui s'était construite...
Au coeur même de ce livre centré sur le personnage de Monsieur T., l'auteure s'interroge sur le destin des descendants d'Alzheimer et les porteurs de ce patronyme. Ce qui l'amène à construire une sorte d'intrigue policière sur les relations entre Alzheimer et son contemporain, le psychiatre Kraepelin. Intrigue dont l'humour n'est pas absent et qui contribue à l'équilibre de On n'est pas là pour disparaître.
Il y a enfin ce douloureux contraste entre la voix de Monsieur T. et celle de sa femme. Consciente, Madame T. fait l'épreuve d'une disparition dont elle ne peut faire le deuil, son mari étant encore en vie. Ce dont témoigne ses monologues intérieurs, son désir de le quitter et de ne pas le quitter. Paradoxe d'une séparation pas même partagée... Seule Madame T. en est consciente :
"Et après la visite ?
ça dépend qui on est. Chacun est différent face à la maladie de A.
Et après quand même ?
Après c'est un mélange. Il faut faire un effort d'oubli. De séparation. Séparer ce qui est aujourd'hui de ce qui autrefois fut. Séparer l'homme qu'on a aimé de celui qu'on vient visiter sans toutefois lui retirer l'amour. Garder l'amour mais séparer. Tâche impossible. Garder l'amour. Séparer."
Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître. Ed. Verticales, 2007. Collection "Folio", mars 2009, 236 pages. 6 euros.
08 avril 2009
Bibliothèques...
Le texte de Ludovic Hary, lu en introduction des lectures musicales données à L'espace Le scribe l'Harmattan le 26 mars dernier s'intitulait "Eternelle et volatile" et est extrait du recueil collectif "Aller à la bibliothèque", éditions Folies d'encre, janvier 2009.
25 septembre 2008
L'alphabet, à l'ombre de ma mère

Un "abécémère", si l'on peut dire, dans lequel Monique Serres rend un très bel hommage à sa mère courage, aimante. L'auteure revisite aussi les sensations de son enfance dans la campagne mayennaise. L'ordre alphabétique, loin d'être un artifice littéraire, est plutôt le fil d'Ariane de ces évocations, les souvenirs s'organisant autour de mots qui s'égrennent telles des reliques que l'on (re)découvre au fond du coffre oublié dans le grenier...
Monique Serres, L'alphabet à l'ombre de ma mère. Paris : L'Harmattan, 2007. (119 p. ; 12 euros)
22 septembre 2008
Un autre dieu pour Violette...
Un texte étrange et déroutant dont l'écriture nous entraîne dans une aventure improbable, celle de la rencontre entre Oscar Rose, bibliothécaire à Heddal, un village norvégien, hanté par le souvenir de son épouse trop tôt disparue, et une jeune étudiante à Paris, Violette Mage.
Laurence Werner David est une auteure à découvrir !
Un autre dieu pour Violette, par Laurence Werner David. Paris : éditions Verticales, 2003. (77 p. 12 euros)
18 septembre 2008
Ludovic Janvier
Ludovic Janvier est une des grandes voix de la littérature contemporaine. Poésie, autodérision, sensibilité et séduction sont des éléments indissociables de son oeuvre. Il a créé un genre : les Brèves d'amour. Le deuxième volume En mémoire du lit a été publié chez Gallimard. Pour rire jaune, on pourra lire son roman Monstre va, publié chez Gallimard. Ou encore Naissance, qui est un magnifique texte sur le devenir femme. Sa lecture exige un effort, un travail qui n'est pas sans rappeler celui justement de l'enfantement. Enfin sa poésie est à lire et relire. Il y a du désabusé beckettien chez ce grand poète. Mais cela s'accompagne toujours d'une tendresse pour ces "frères humains" et surtout d'un fond de malice pétillante, comme dans les yeux des enfants qui jouent un tour...
"J'aurai toujours tout compris avec lenteur : algèbre, inflation, règles des femmes, heure d'été, climat des antipodes. Ce que j'ai cru assimiler il faut périodiquement qu'on me l'explique à neuf. Dix-sept heures sur vingt-quatre on dirait que je suis idiot. Les autres, je dors."
Ludovic JANVIER, Des rivières plein la voix, Gallimard, "L'arbalète", 2004
Dernier ouvrage publié : Une poignée de monde, Gallimard, 2006
18 mars 2008
Sous la vitesse...
En librairie avec le printemps, le 20 mars, le nouveau texte de Ludovic Hary est d'une beauté rare. Sa poésie joyeuse et rieuse ne cesse de bouger nos neurones (endormis par temps de bling bling) et d'émouvoir son lecteur... Le beau travail de typographie met en valeur un texte profondément léger et allègrement profond... A lire et méditer sans modération. Et surtout n'oubliez pas de renvoyer le questionnaire des pages 70 et 71 aux éditions Verticales... http://www.editions-verticales.com/auteurs_fiche.php?rubrique=4&id=54
28 janvier 2008
Erri De Luca, "Montedidio"
Montedidio est un quartier de Naples dans lequel l'auteur a grandi. La langue apparemment si simple d'Erri De Luca nous fait toucher, sentir, entendre, voir les sensations de l'enfant qu'il fut, avec une fraîcheur, une émotion et une force poétique auxquelles est fidèle la belle traduction française de Danièle Valin. A lire en séjournant à Naples...
"(...) les poissons lançaient des étincelles, tout le blanc de leur corps éclatait, ils tapaient de la queue par centaines, le sac renversait au sec tout le tas de vie volée aux vagues, papa disait : "Voici le feu de la mer." L'odeur de la mer était notre parfum, la paix d'un jour d'été une fois le soleil couché."
"Il fait frais le soir aux lavoirs, dans le ciel les nuages s'étirent en forme d'arête de poisson, sous les coups de vent là-haut."
Erri De Luca, Montedidio, Gallimard, collection Folio.
21 janvier 2008
Mikhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite

Le diable se promène dans les rues de Moscou... Un magnifique roman de l'exil... intérieur. Dans l'univers stalinien hostile à tout ce qui est métaphysique, Boulgakov est un dissident métaphysique qui use d'une ironie féroce pour dénoncer les oeillères de tout dogmatisme qui cherche à faire entrer la réalité dans un système de signes vidés de signification. Ainsi lorsque les deux acolytes du diable tentent de forcer l'entrée de la "Maison des écrivains", s'ensuit ce dialogue (qui pourrait être aisément transposé dans notre contemporaine société du spectacle...) :
"-Mais dites-moi : pour vous convaincre que Dostoïevski est un écrivain, faudrait-il que vous lui demandiez un certificat ? Prenez seulement cinq pages de n'importe lequel de ses romans et, sans aucune espèce de certificat, vous serez tout de suite convaincue que vous avez affaire à un écrivain. (...)
-Vous n'êtes pas Dostoïevski, dit la citoyenne déroutée par les raisonnements de Koroviev.
-Hé, hé ! Qui sait, qui sait ? fit celui-ci.
-Dostoïevski est mort, dit la citoyenne, d'un ton qui, déjà manquait un peu de conviction.
-Je proteste ! s'écria Béhémoth avec chaleur. Dostoïevski est immortel !"
18 janvier 2008
Ludovic Hary

Un véritable écrivain se laissait découvrir dans Nous nommer serait catastrophique, qui débute par la voix d'un homme mort contemplant du cercueil le défilé des endeuillés... Un premier roman captivant et parfaitement maîtrisé.
Depuis Ludovic Hary a continué sa course enthousiaste dans les sentiers littéraires et son deuxième texte Sous la vitesse est à paraître en mars prochain aux éditions verticales.
Par ailleurs ce "fou écrivant" propose régulièrement de très belles lectures de ses textes ou d'autres textes qui laissent entendre la musique des mots. A suivre donc notamment en allant consulter son blog.
"Mon corps leur offre matité et silence, moi je suis ailleurs."
Ludovic Hary, Nous nommer serait catastrophique, Editions Verticales, 2002.
